Le temps

Ce que l'on tient pour vrai alors que rien ne prouve que ce le soit
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Waneg
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#1

17 juil. 2017, 19:21

Le temps est une composante essentielle de la théorie de la Relativité, paradigme moderne s'il en est. Pourtant, nombre de physiciens le remettent en question et tentent de l'en extirper, avec bien du mal semble-t-il car tout l'édifice de la physique moderne s'en trouverait affecté, et probablement déstabilisé.

Einstein affirmait que repenser le temps avait été la clé du développement de sa théorie. Avant lui, la physique dite classique considérait le temps comme linéaire et absolu : pour tous les observateurs il s'écoulait la même durée entre deux évènements, si bien que la notion de simultanéité était indépendante d'eux. Pour Newton, l'écoulement du temps était un flux régulier, à la manière des secondes égrenées par la trotteuse d'une horloge, dont l’intervalle ne varie jamais. Le temps permettait d'ordonner tous les évènements de l'univers, à quelque échelle que ce soit, et donc d'en établir un historique précis et immuable. Einstein a comme on le sait contesté cette vision et remplacé le concept d'absoluité du temps par celui de sa relativité au référentiel depuis lequel il est mesuré. Depuis plusieurs décennies, tout le monde - ou au moins la communauté scientifique - tient cette explication de l'écoulement irrégulier du temps pour une vérité biblique, bien qu'elle échappe totalement à l'intuition.

De manière intuitive on donnerait en effet raison à Newton. Mais au-delà du débat sur la manière dont le temps s'écoule, qu'en est-il du temps lui-même, existe-t-il quoi que ce soit qui y ressemble ? Même si beaucoup de gens n'en comprendront pas la raison, la réponse à cette question est non : le temps n'existe pas ailleurs que dans la psyché humaine, c'est une construction de l'esprit fondée sur la mémoire. Sans cette dernière nous serions en effet privés de toute notion d'écoulement du temps. C'est parce que nous sommes capables de nous souvenir des évènements du passé et de les situer avec toute la précision du calendrier, à quoi il faut ajouter notre propension à constamment nous projeter dans un futur imaginé, que nous créons l'illusion d'un temps fait essentiellement de passé et de futur, le présent y tenant très peu de place. Les personnes qui, souvent suite à un accident, deviennent amnésiques, perdent également toute notion du temps, en dehors bien sûr de celui de l'horloge (être amnésique ne signifie pas pour autant qu'on rate tous ses rendez-vous !).

Voici comment Eckhart Tolle parle du temps, en réponse à cette question : "Sans le sens du temps, comment pourrions-nous fonctionner dans ce monde ? Il n'y aurait plus d'objectif à atteindre. Je ne saurais même plus qui je suis, puisque c'est mon passé qui fait ce que je suis aujourd'hui. Je pense que le temps est quelque chose de très précieux et que nous devons apprendre à nous en servir avec sagesse plutôt que de le gaspiller.".
Le temps n'est pas précieux du tout puisqu'il est une illusion. Ce que vous percevez comme tel n'est pas le temps lui-même, mais ce point qui est en dehors du temps, soit le présent. Et l'instant présent est certainement précieux. Plus vous êtes axé sur le temps, c'est-à-dire le passé et le futur, plus vous ratez le présent, la chose la plus précieuse qui soit. Et pourquoi l'est-elle ? Parce qu'elle est l'unique chose qui soit. Parce que c'est tout ce qui existe. L'éternel présent est le creuset au sein duquel toute votre vie se déroule, le seul facteur constant. La vie, c'est maintenant. Il n'y a jamais eu un moment où votre vie ne se déroulait pas "maintenant", et il n'y en aura d'ailleurs jamais.
"Le passé et le futur ne sont-ils pas aussi réels, parfois même plus réels, que le présent ? Après tout, le passé définit notre identité ainsi que notre perception et notre comportement dans le présent. Et nos objectifs dans le futur déterminent les actions que nous entreprenons dans le présent."
Avez-vous jamais eu une expérience, fait, pensé ou senti quelque chose qui ne se situe pas dans le moment présent ? Pensez-vous que cela puisse vous arriver un jour ? Est-il possible que quelque chose soit en dehors de l'instant présent? La réponse est évidente, n'est-ce pas ?
Rien ne s'est jamais produit dans le passé : cela s'est produit dans le présent.
Rien ne se produira jamais dans le futur : cela se produira dans le présent.
Ce que vous considérez comme le passé est le souvenir d'un ancien moment présent mis en mémoire dans l'esprit. Lorsque vous vous souvenez du passé, vous ravivez une mémoire. C'est ce que vous faites maintenant. Le futur est un présent imaginé, une projection du mental. Quand le futur arrive, c'est sous la forme du présent. Lorsque vous pensez au futur, vous le faites dans le présent. De toute évidence, le passé et le futur ne constituent pas des réalités en soi.
Et dans le même livre (Le pouvoir du moment présent) on trouve ceci :
Le mental ne peut fonctionner et garder le contrôle [sur nous] sans le temps, c'est-à-dire sans le passé et le futur. Il perçoit donc l'intemporel instant présent comme une menace. En fait, le temps et le mental sont indissociables.

Imaginez la Terre dépourvue de toute vie humaine et n'abritant que plantes et animaux. Y aurait-il encore un passé et un futur ? Parler du temps aurait-il encore un sens ? La question "Quelle heure est-il ?" ou "Quel jour sommes-nous ?" – s'il y avait quelqu'un pour la poser – serait vraiment insignifiante. Le chêne ou l'aigle resteraient perplexes devant une telle question. "Quelle heure ?" demanderaient-ils. "Euh, eh bien, il est... maintenant. Nous sommes maintenant. Existe-t-il autre chose ?"
Il découle de ces explications que la manière dont notre psyché fonctionne crée le temps, lequel n'existe donc pas en dehors de nous-mêmes. Mais alors, que vient-il faire dans l'espace de Minkowski à quatre dimensions dont une de temps (Relativité restreinte) ? Il semble que nous ayons introduit ce qui n'existe pas dans quelques équations afin d'en déduire une représentation du monde qui soit en adéquation avec nos certitudes les plus profondes, et les mieux partagées. Si nous croyons que le temps existe, alors nous chercherons inévitablement à l'inclure dans notre description du réel. Le plus étonnant est que le concept d'espace-temps a depuis près d'un siècle montré sa fiabilité (expérience d'Eddington en 1919 au cours de laquelle il observe la déviation provoquée par le soleil des rayons lumineux émis par les étoiles, comme la théorie d'Einstein le prévoyait. Mais on pourrait également citer la prise en compte de la différence de l'heure affichée par une horloge en orbite et une autre au sol dans la technologie GPS). Est-ce que nous voyons ce que nous voulons voir ? L'univers se conforme-t-il gentiment à la vision que nous avons de lui ? Il faut toujours se méfier de ce qu'on voit. Un bon exemple est celui de la prétendue couleur d'un objet, qui en réalité est de toutes les couleurs sauf celle que nous voyons (sa matière ou son revêtement absorbe tout le spectre lumineux sauf le mélange de couleurs que nous voyons parce qu'il le renvoie) ! Il se pourrait également qu'un ou plusieurs sens nous fassent défaut, ce qu'on devrait imputer au fait que nous n'utilisons pas notre cerveau à sa pleine puissance (ce que les neurobiologistes confirment). Il est par conséquent à craindre que certains aspects de notre environnement proche ou lointain nous échappent. En d'autres termes, notre vision du monde, et la science théorique qui en découle, sont intimement liées à nos processus mentaux. Ou encore, l'état de la science à une époque donnée est fonction du degré d'évolution de notre conscience, et celui-ci n'a guère progressé durant ces derniers millénaires.

Il va sans dire que la notion de temps est très utile dans la vie quotidienne. D'un point de vue pratique il est même souvent nécessaire. Pour savoir si le cœur d'une personne donnée bat (trop) vite il faut préalablement avoir établi le nombre moyen de battements à la minute. Non pas durant un laps de temps indéterminé mais très précisément durant la minute affichée par un chronomètre. Pour savoir si nous roulons bien à 90 ou 130 km/h il est impératif d'avoir préalablement défini ce que signifie une durée d'une heure (ainsi que le kilomètre), et de pouvoir la mesurer. Mais il est des cas où la notion de vitesse, donc de temps, échappe totalement à l'entendement et à la mesure : prenons l'exemple d'un vaisseau situé au beau milieu de l'espace, loin de toute influence gravitationnelle. Dans son cas il est impossible de savoir si sa vitesse est 0 ou 300 000 km/s, où elle se situe entre ces deux extrêmes. En fait, on est incapable de dire s'il est à l'arrêt ou animé d'une vitesse constante, ni quelle distance il parcourt à chaque seconde. On peut seulement connaître sa vitesse moyenne d'après son point de départ, son point d'arrivée, la distance entre les deux, et le temps qu'il lui a fallu pour la parcourir. Ce qu'on appelle le temps, mais ça vaut également pour la vitesse, est donc uniquement le résultat d'une mesure et/ou d'un calcul sur lesquels tout le monde s'accorde. Dès l'instant où on se saisit d'un chronomètre pour mesurer la durée d'un évènement, d'un processus - artificiellement puisque la durée d'une seconde est totalement arbitraire, au même titre que le mètre - on introduit le temps.

Une théorie scientifique se doit d'être cohérente, et supportée par un vaste corpus de preuves. Si l'une des briques de l'édifice n'est pas solidement démontrée, alors il peut vaciller à tout moment. Et l'existence du temps ne peut l'être ! L'espace-temps serait-il donc tout simplement fondé sur une illusion, celle de la réalité d'un temps existant indépendamment de l'expérience humaine ?

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